Bienvenue chez moi.

Bienvenue chez moi.
Bonjour tout le monde !!

Alors alors, que dire. J'ai retrouvé une rédaction que j'avais écrite en quatrième, soit il y a un an (je suis en troisième, sur le point de passer mon brevet). Et je me suis dit qu'en l'améliorant un peu, ça pourrait me faire un petit OS pour la route. Et puis je me suis dit que je trouverais sûrement l'inspiration pour d'autres, alors j'ai décidé de faire un blog spécialement pour mes (futurs) OS.

Sinon, j'écris des fictions. L'une est publiée, l'autre en court d'écriture. Enfin, je ne vais pas vous faire la présentation de mon autre blog, vous n'avez qu'à aller le voir. Hmm ? Ah oui. L'adresse. Tu notes ? C'est . ;)

Ensuite, je passe à quelques petites explications.

- OS, ça veut dire quoi ?
===> One Shot. Autrement dit, histoire courte, composée généralement en tout et pour tout d'un seul et unique chapitre. Oui, je sais, je me répète. Mais comme ça, tout le monde comprend.

- Hmm... d'autres questions ? :)
===> A vous de me dire... :p

Sur ce, je vous laisse continuer la visite de mon blog.


Je vous embrasse.


Mademoiselle-ecrit.




Si vous voulez en savoir plus sur moi, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil au profil...



Informations diverses :
- amis : acceptés.
- pub : laissez-là plutôt sur mon autre blog.
- favoris : je choisis.


pix : mes hystériques d'amour et moi.
Ma co-écrivaine de dico, pucca, bounty, sister, moi et Lilly.
Choupa prend la photo.
Ma**a absente =X


Si vous lisez mes OS et si vous avez envie de me laisser votre avis par commentaire, ça me ferait super plaisir :)
Si vous ne savez pas quoi mettre mais que vous voulez quand même laisser un avis, vous n'avez qu'à suivre ce petit plan :
- Ce que vous pensez du OS en général (de celui que j'ai écrit, hein, pas du genre ^^)
- Quel moment ou quelle phrase (ou les deux xD) vous avez préféré
- Quel moment ou quelle phrase (ou les deux) vous n'avez pas aimé
- Ce que vous avez apprécié dans le OS (orthographe, tournure des phrases, l'idée...)
- Ce que vous n'avez pas aimé dans le OS (idem...)
- Les points positifs de ma façon d'écrire
- Les points négatifs de ma façon d'écrire
Dans l'ordre que vous voulez bien sûr. ça se répète souvent et on dirait que mes questions sont les mêmes, mais il y a des nuances... et puis ça vous donne des idées pour ce que vous allez mettre. Je vais pas faire un dictée non plus, sinon vous risquez d'être surpris. %)

# Posté le dimanche 14 juin 2009 15:03

Modifié le mercredi 17 juin 2009 09:47

Comme une promesse.





______Ça y était. J'étais dans ma nouvelle chambre. On avait fini le déménagement une heure plus tôt. Mon petit frère, Max, avait déjà déballé toutes ses affaires dans sa chambre. J'entendis ma mère m'appeler pour aller mettre le couvert. Je me levai lentement de mon lit et descendis les escaliers à la même vitesse. Je trainai des pieds pour arriver à la cuisine.

« Mais enfin, Lou, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Ça, c'était la question que ma mère me posait depuis qu'elle m'avait appris qu'on allait déménager.

« Tu sais très bien ce qui ne va pas, répliquai-je. Je ne voulais pas venir ici. C'est tout pourri, comme endroit. »

Elle ne dit rien. Elle avait l'habitude.
______J'étais entrée dans ma « crise d'adolescence », comme elle disait, à quatorze ans, en février. Mes parents s'étaient séparés voilà un mois. On venait de déménager. Avant, on habitait à Paris. Maintenant, on habitait en pleine campagne. Dépaysement total. Absolument normal selon ma mère. Complètement déprimant selon moi.
______Je pris les assiettes, les couverts et les verres et les disposai sur la nappe dans la salle à manger. Réalisant mon erreur, j'enlevai une assiette, un verre, un couteau et une fourchette et retournai ranger le tout. J'avais oublié. Oublié que papa n'était plus là. Oublié que lui et maman étaient séparés. Oublié qu'il vivait ailleurs. Ou plutôt, que nous vivions ailleurs, et que lui était resté sur Paris.
______Les larmes me montèrent aux yeux. Je courus, montai l'escalier quatre à quatre et m'effondrai sur mon lit, en ayant bien pris soin de fermer la porte derrière moi. Personne ne devait me voir pleurer. Personne.
Le soir, je ne mangeai pas. Je m'étais endormie.
______Vers une heure et quart, je crus entendre un bruit dehors. Je me levai, allai voir par la fenêtre et vis que mon frère avait déjà commencé à laisser des jouets dehors : un ballon – passe encore – un tricycle – Max venait tout juste d'avoir trois ans – et un cheval à bascule. Je m'énervai intérieurement : que faisait le cheval à bascule dehors ?
______Je retournai me coucher en ayant refermé la fenêtre. Là, j'entendis, pour de bon cette fois, quelque chose taper contre cette dernière. Je me précipitai et vis le ballon retomber au pied du cheval, lequel s'était rapproché du tricycle. J'attrapai ma robe de chambre en toute hâte et sortis dans le jardin, en faisant le moins de bruit possible.
______Je me retrouvai au milieu du premier jardin – ma mère n'avait rien trouvé de mieux qu'une maison à deux étages avec un grand jardin devant et un autre derrière alors que, quand on vivait encore avec papa, on était quatre dans un minuscule appartement –, je me plantai face au cheval et le fixai dans les yeux quand j'entendis quelque chose rouler silencieusement sur le gazon.
Juste derrière moi.
______Je me retournai en hâte et découvris le ballon tourner, lentement mais sûrement, autour de moi.

« Ce doit être le vent, murmurai-je pour me rassurer. Non, c'est, le vent, affirmai-je. »

______Je retournai alors mon attention sur le cheval...
... qui avait disparu. Le ballon, qui roulait toujours, arriva devant moi. Je sentis un léger souffle sur mon épaule. Je fis volte-face et vis mon père. J'ouvris la bouche de stupéfaction et le dévisageai. Non, c'était impossible. Ça ne pouvait pas être lui. Et pourtant. Les mêmes yeux verts. Les mêmes cheveux bruns. La même taille impressionnante.
Mon père.
L'effet de surprise passé, je lui sautai dessus en l'enlaçant...
... pour le retrouver dans les « bras » du cheval. Je reculai et crus apercevoir un sourire se dessiner sur ses lèvres. Il fallait vraiment que j'aille me recoucher. J'avais besoin de sommeil.

« Je suis désolé ma chérie, je ne peux t'apparaître que sous cette forme. »

______Je reconnus la voix de mon père raisonner dans ma tête.

« Papa ? Articulai-je. »

______Le cheval acquiesça de la tête en basculant légèrement. Puis ses pates se dessoudèrent des barres métalliques devant le faire basculer. Je l'enfourchai et nous partîmes dans la brume.
______Nous courûmes dans la forêt, de l'autre côté de la rue. Nous rîmes à nous en faire mal au ventre. J'aperçu un écureuil dans un arbre. Il se laissa tomber et atterrit sur mon épaule. Nous parlâmes de tout et de rien, comme si nous nous connaissions depuis des années. Oups... j'ai dit que nous avions parlé, là, non ?
______Au bout d'une demi-heure, mon père m'annonça qu'il fallait rentrer. L'écureuil me donna une noisette que je glissai précipitamment dans ma poche...

... avant de me réveiller en sursaut au beau milieu de mon lit.

« Quel drôle de rêve ai-je fait ! Songeai-je. »

Mon réveil indiquait dix heures trente-neuf. Alors que je m'étais couchée à dix-neuf heures.
J'attrapai ma robe de chambre, l'enfilai et descendis les escaliers en vitesse. Machinalement, je mis mes mains dans mes poches. Cela faisait enrager ma mère, qui voulait que je me conduise comme une jeune fille digne de ce nom. Autrement dit, pas comme un garçon. Et élégamment.
Je retrouvai la noisette donnée par l'écureuil et fus parcourue d'un frisson.

« Allons, pensai-je, c'est sûrement Max qui a voulu me faire casser la machine à laver. »

______Je me ressaisis et rejoignis ma mère sur le canapé, devant la télévision.
Elle regardait les informations.

« ... de l'équipe militaire de Paris... »

Mon père était militaire à Paris. Je retins mon souffle. Ils étaient revenus d'Irak.

« ... Malheureusement, l'équipe n'est pas au complet : trois morts – Pierre Dupont, Thierry Dulac et Jean-Paul Simonet – et dix disparus. Parmi eux, leur adjudant, Richard Cailloux... »

______Ma mère se leva et éteignit la télévision. Elle me regardait.

« Quoi, lui dis-je, tu veux ma photo ? »

Elle soupira et partit dans la cuisine équeuter les haricots verts.

______Richard Cailloux. Leur adjudant. L'ex-mari de ma mère. Mon père. En Irak. Mort. Ou plutôt disparu. Pour la télévision, cela change tout. Pour moi ça ne change rien. Je ne le reverrai plus jamais. C'est pour ça que j'ai rêvé de lui cette nuit. J'en suis sûre. La noisette vient de Max, c'est tout. Je ne l'ai pas vu.
______Mon frère qui, bien évidemment, n'avait pas entendu – de toute façon, pour lui, il s'appelle « papa », alors Richard Cailloux, il ne le connait pas –, alla dans le jardin, sans se soucier de quoi que ce soit. On parie combien que maman va lui cacher ça encore longtemps ?

« Haaaaaaa !!! S'écria Max. »

Tandis que je grognais qu'on ne pouvait pas être tranquille cinq minutes ici, ma mère laissa ses haricots et alla le retrouver.
______Elle revint avec Max dans les bras, au bord des larmes. Je fis semblant de m'intéresser vaguement à eux :

« Qu'est-ce qui se passe, encore ?
- Son cheval à bascule a disparu. Il ne reste qu'une patte. »

Ce fut trop. Je murmurai un vague « Ha, ce n'est que ça... » avant de monter dans ma chambre.
Je pleurais. Arrivée devant la fenêtre, je l'ouvris pour aérer. Un écureuil sauta de son balcon improvisé pour aller dans la poche de ma robe de chambre. Je baissai les yeux sur mon frère qui faisait du vélo, si on peut appeler ça un vélo. Je crus voir un sourire sadique se dessiner sur le ballon, immobile au pied d'un arbre. Sûrement le soleil. L'écureuil sortit de ma poche avec la noisette et sauta de la fenêtre pour se rattraper aux murs et regagner la forêt. Je fis un pas en avant comme pour le retenir, bien consciente que je ne pourrais de toute façon pas emprunter le même chemin que lui. Il se retourna à la frontière de la forêt et me lança un regard avant de s'enfoncer dans les arbres.




Comme une promesse.



# Posté le mardi 16 juin 2009 10:35

Modifié le mardi 16 juin 2009 11:25

Quinze heure trente.

Quinze heure trente.




Je marche. La rue est déserte. Un vent léger flotte dans l'air. Une porte mal fermée claque. Le bruit produit est étouffé par la distance qui nous sépare. Puis le silence.
Les oiseaux ont cessé de chanter depuis longtemps. En ce mois de novembre, ils sont tous partis vers des pays lointains et où la température est élevée.
Tout semble s'être arrêté. Plus aucune voiture dans les environs. Aucun bruit de moteur. Juste le silence.
Rien ni personne dans la rue. Juste le vent, le silence et moi.
Je presse le pas. Mon sac pèse sur mes épaules. Il me tarde de rentrer.
Un volet mal attaché grince. Le vent a soufflé dessus très légèrement, mais ceci a suffit à le déplacer de quelques millimètres. Le bruit produit par mes talons contre le sol rythme ma marche.

Clac. Clac. Clac.

Je rajuste mon sac sur mon épaule droite et tourne à gauche. Je passe devant l'église, qui sonne quinze heures trente minutes. Je souris, ne me formalisant pas des regards que poseraient sur moi les gens que je pourrais croiser. De toute façon, la rue est déserte.
Une minute plus tard, je suis chez moi. J'ai ouvert ma porte avec mes clés, ai accroché mon manteau au portemanteau et ai déposé mon sac contre la chaise faisant face à la table, dos au soleil levant. L'église sonne une nouvelle fois quinze heures trente. Quinze heures trente-cinq, en réalité. Ce coup se répète pour ceux qui n'auraient pas entendu le premier. Mais, bien évidemment, vous le savez.
Je souris une nouvelle fois. Toutes les semaines, c'est la même chose.

Le jeudi, je sors de cours à quatorze heures vingt-cinq. Je discute avec Enzo, mon meilleur ami, pendant cinq ou dix minutes devant le collège puis nous nous dirigeons ensemble vers la place de Verdun afin de prendre nos bus respectifs. Il attend avec moi à mon arrêt, mon bus arrive, je fais la bise à Enzo et monte dans le bus. Je passe ma carte et vais m'asseoir sur un siège à deux places. Je choisis celle contre la vitre. Je pose mon sac de cours à mes pieds et mon sac à main sur mes genoux. Je regarde dehors, fais un signe de la main à mon meilleur ami pour lui dire au revoir et le regarde s'éloigner vers son arrête de bus. Une fois qu'il est hors de ma vue, je concentre mon attention sur les gens présents dans le bus. Toujours les mêmes. A quatorze heures quarante-neuf, mon bus démarre et je regarde machinalement l'endroit où j'ai aperçu Enzo pour la dernière fois. Puis je regarde de nouveau devant moi, pour ne plus me retourner le long du trajet. Celui-ci se termine pour moi à quinze heures vingt et une. Je descends à mon arrêt et m'éloigne du centre de ma ville. Plus je m'en éloigne, moins il y a de bruit et de passants. Comme le veut la norme.
Et, chaque semaine, quand j'arrive devant l'église, elle sonne quinze heures trente.

# Posté le mardi 16 juin 2009 11:05

Modifié le mardi 16 juin 2009 11:25

Six mois.

Six mois.
« Elle est bizarre. Différente. Solitaire. Seule. Elle n'est pas souriante, elle a toujours l'air triste. Elle ne parle jamais d'elle. D'ailleurs, elle n'adresse la parole à personne. Elle ne le fait que pour répondre aux questions qu'elle juge dignes d'intérêt, pour s'excuser, bien qu'elle ait rarement à le faire, ou pour répondre à la provocation gratuite que certains lui offrent. On pourrait croire qu'elle parle peu parce qu'elle est sotte et qu'elle a peur de dire des bêtises. Mais ce n'est pas le cas. En cours, elle est toujours la première à lever la main et elle trouve toujours une réponse aux questions des professeurs. Elle a une moyenne générale explosive. Elle est intelligente, et belle. Elle s'habille bien. Ses cheveux sont toujours bien coiffés. Elle est toujours seule, personne ne traîne avec elle. C'est elle qui le veut, d'ailleurs. L'année dernière, elle avait quelques amis, elle était souriante, elle s'entendait bien avec la plupart des lycéens. Mais cette année, tous les élèves ne faisant pas partie du secteur ont été virés, sauf elle et un autre. Peut-être qu'elle croit qu'on lui en veut. Mais c'est faux. Elle n'y est pour rien.
D'ailleurs, elle fait croire qu'elle n'a pas d'ami, mais elle en a au moins un. Même s'ils ne le montrent pas au lycée, on sait qu'ils s'entendent bien. Le matin ils viennent en bus ensemble, et sur le trajet ils marchent côte à côte, parlant comme si de rien n'était. Arrivés au lycée, ils se séparent et ne se retrouvent qu'à la fin des cours pour rentrer ensemble. Cela dit, quand ils se croisent dans l'établissement, ils se font un signe de tête. Lui, il lui sourit, mais elle, elle hoche simplement la tête l'air de dire « oui, je t'ai vu, bonjour ». Mais ils ont l'air vachement complices. Leurs yeux, lorsqu'ils se croisent, ne trompent personne. On ne sait pas pourquoi elle est comme ça. Ce n'est pas lui qui est comme ça, puisque dès qu'il tente une approche, elle lui lance des éclairs avec les yeux. On ne sait pas pourquoi elle est comme ça, et comme elle ne parle à personne, on ne saura pas. On a demandé au mec, mais il refuse de dire quoi que ce soit sur son sujet. Elle est intrigante. Tout le monde au lycée la connaît et la respecte. »

Voilà ce que les gens pensent de moi. J'ai toujours une allure fière, je marche en regardant droit devant moi, je ne doute jamais. C'est ce qui leur donne cette impression. Le garçon avec qui je viens au lycée, Mike, est le seul élève de ce lycée qui ait le droit de m'approcher. Il était avec moi au collège ; les autres, non. Nous habitons dans la même ville, alors on va au lycée ensemble. L'année dernière, je prêtais volontiers attention aux autres. Mais plus maintenant. Maintenant, Mike et moi sommes les seuls élèves de ce lycée n'étant pas du secteur. Je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est qu'à cause de ça, Julien n'est plus là. Il a été renvoyé dans son lycée de secteur. C'est pour ça que je suis devenue comme lui. En classe. J'ai augmenté ma moyenne et je participe à l'oral. Je suis l'élève modèle, en bref. J'essaye de combler le vide que me provoque son absence en agissant comme lui. Mais c'est dur.
Cela fait six mois que cette règle est installée.
Six moi que je ne l'ai pas vu.
Je ne parle pas de moi aux autres. Mais si je vois qu'ils sont sur le point d'apprendre quelque chose sur moi, je vais leur dire cette chose. Je refuse qu'on apprenne quelque chose me concernant par un autre intermédiaire que moi. Je préfère me livrer plutôt qu'on me livre. Je suis autonome. Comme lui.

Aujourd'hui c'est la photo de classe. Je ne sourirai pas. Je ne vois pas pourquoi je me montrerais souriante alors que je suis triste toute l'année. Je ne mentirai pas. Je me montrerai telle que je suis. Pauvre gamine de dix-sept ans, blonde, triste, dégoûtée. J'avais attendu tellement impatiemment d'obtenir cette dérogation. Je l'avais envoyée trois fois. Chaque fois avec des arguments nouveaux, de plus en plus forts. Quand ils ont compris que je n'arrêterai pas, ils m'ont contactée et m'ont affirmé que j'irai dans le lycée que je voulais.

La sonnerie retentit. Nous sortîmes de classe et nous dirigeâmes vers l'endroit où la photo allait être prise. Mike se rangea à côté de moi.
« Je croyais qu'on avait convenu de ne se voir qu'en dehors du lycée, Mike. »
Dis-je sèchement.
« Oui, mais j'ai quelque chose à te dire. »
Répliqua-t-il.
« Peu importe, ça peut attendre, non ? »
Il haussa les épaules et resta à côté de moi. Gagné, tout le monde nous dévisageait. Ce n'était pas dans mes habitudes de fréquenter quelqu'un plus de quelques secondes. J'accélérai le pas afin de mettre de la distance entre nous et me plaçai à la place que m'indiqua le photographe. Ce dernier prit trois photos puis nous annonça qu'il en reprenait une dernière. Je soupirai et regardait aux alentours, comme à mon habitude. J'aimais savoir ce qui se passait autour de moi.
Des lycéens attendaient leur tour pour se faire photographier. D'autres discutaient en petits groupes. Chose que je n'avais pas faite depuis... depuis six mois.
Je regardai un peu plus loin et c'est là que je le vis. Son regard croisa le mien et ne le lâcha plus. J'étais stupéfaite. Mes lèvres s'étirèrent en un immense sourire. Le photographe appuya sur le déclencheur.
« Vous pouvez y aller. »
Annonça-t-il.
Aussitôt dit, aussitôt fait. J'avançai droit devant moi vers lui, de plus en plus vite. Les élèves de ma classe me regardaient avec étonnement. Ils n'avaient pas l'habitude de me voir sourire. Je m'en fichais. Allant de plus en plus vite, je me retrouvais à courir en sa direction, toujours un stupide sourire au visage. Mais un sourire heureux. Et vrai.
Je laissai tomber mon sac à dos dix mètres avant d'arriver à lui et me jetai dans ses bras. Julien. Enfin.
Je me nichai dans le creux de son épaule en le serrant le plus possible contre moi, de peur qu'il ne s'en aille à nouveau. Je sentis dans mon cou ses lèvres s'étirer en un sourire ravi. Il resserra l'étreinte avant de m'éloigner de lui afin de me regarder. Dans les yeux. Comme nous ne l'avions pas fait depuis six mois.
Enfin, je me décidai à parler.
« Tu m'as manqué... »
C'était tout ce que j'avais trouvé à dire. Alors qu'on s'envoyait des mails tous les soirs. Il sourit, conscient de ma maladresse.
« J'ai des nouvelles plus réjouissantes. »
M'annonça-t-il.
Il sourit de plus belle et déclara :
« Je suis de retour ici. »
J'écarquillai des yeux étonnés, l'interrogeant du regard. C'est vrai ?
Comme pour répondre à ma question, une main se posa sur mon épaule. Je me retournai lentement. Mike.
« Je t'avais dit que j'avais quelque chose à te dire, mais tu ne m'as pas écouté. »
Me rappela-t-il.
« Oui, excuse-moi. Que voulais-tu me dire ? »
Il sourit et murmura :
« Que j'avais hâte de te retrouver. »
Je lui lançai un regard désolé qu'il balaya d'un revers de main.
J'allais pouvoir redevenir comme j'étais avant. C'est-à-dire moi.


[...]


Je suis toujours la même. Les gens pensent toujours la même chose que moi. La différence, c'est que maintenant, je le suis avec Julien. Mike est toujours le seul à pouvoir nous approcher. Mais il le peut aussi en public.
Julien sait ce que les autres pense de moi. Il s'en fiche. Du moment que personne ne m'attaque. Et c'est réciproque. On ne touche pas à mon meilleur ami. Jamais.
Une fois, une fille s'est moquée de lui. Elle disait que c'était un intello et qu'il devrait avoir honte. J'ai répliquée qu'il valait mieux être intellectuel que complètement stupide et que lui, au moins, ne sous-estimait pas les autres et ne les rabaissait pas pour se sentir supérieur, sans compter que « rabaisser » était un bien grand mot puisque c'était un compliment, d'être intellectuel. Et ça, c'est la chose la plus gentille que je lui ai dite.
Nous vivons notre vie. Et peut importe ce que les autres pensent de nous.
Nous sommes nous. Et c'est tout.

# Posté le mercredi 17 juin 2009 10:00

Modifié le jeudi 25 juin 2009 11:41

Je m'appelle Lou.

17 septembre 1999.

Je m'appelle Lou. J'ai cinq ans et demi. Je suis heureuse. Je joue dans le jardin avec mon petit frère qui a deux ans et demi. On fait de la balançoire et du toboggan. Il fait beau, alors que dans pas longtemps c'est Noël. J'aime bien Noël. J'espère que le père Noël il m'apportera tout ce que je veux et aussi qu'il boira le chocolat chaud qu'on lui aura laissé. Je ne vais pas te dire ce que je lui ai demandé, sinon il me donnera pas tout.
Maman arrive et dit à Romain de venir. Romain, c'est mon petit frère. Alors je continue à faire de la balançoire toute seule. Je m'amuse, j'essaye d'aller le plus haut possible. C'est rigolo.
Maman m'appelle, donc je vais la voir et je croise Romain qui me dit « Papidou il est mort » et part jouer dans le jardin. Il est bête, Papidou il peut pas être mort puisque c'est mon papi. Mais Romain il dit souvent des bêtises pour m'embêter. Des fois ça me fait pleurer mais là non, je sais que c'est pas possible puisque c'est mon papi et mon papi il peut pas mourir.
Je vais voir maman, je crois qu'elle veut que je mette un manteau parce que je suis qu'en pull et même s'il fait assez beau on est bientôt Noël alors il fait froid et faudrait pas tomber malade pour Noël. Je rentre dans le salon et maman et papa sont assis à côté sur des chaises face à la table. Mon papa il a un journal posé sur la table et il a ses mains dessus. Je vais m'asseoir sur les genoux de maman. Apparemment c'est pas pour que je mette un manteau. Papa me dit « Ma chérie, j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer ». Je souris, à chaque fois qu'il me dit ça c'est pour me dire que mon cousin va venir à la maison ou quelque chose comme ça. Des trucs bien, quoi. Mais je souris pas trop quand même parce que papa il sourit pas et puis des fois que ça serait une mauvaise nouvelle, on sait jamais. Mais quand même je suis sûre qu'il va me dire un truc trop bien. Je regarde maman et ensuite je regarde encore papa. Il me dit « Papidou est mort ». J'arrête de sourire. J'ose pas pleurer parce que quand même c'est le papa de mon papa, Papidou, alors il doit être triste, mais bon les adultes ça pleure pas. Je regarde maman, qui me dit « Tu peux pleurer si tu veux ça fait du bien, ne te retiens pas ». Alors je pleure, puisque j'ai le droit et j'ai envie. De toute façon j'aurais pas pu me retenir plus longtemps. Les gouttes d'eau salée coulent de mes yeux jusqu'en bas de mes joues et puis même elles tombent sur mes vêtements. Maman me prend dans ses bras en me disant qu'il était très malade de toute façon et qu'il a pas eu mal quand il est mort et qu'alors ça allait. Mais quand même moi je suis triste, je l'aimais mon papi moi, il était gentil, il me faisait rigoler et puis même c'était mon papi alors je voulais pas qu'il meurt. Je savais pas que mon papi il pouvait mourir, mais apparemment je sais pas beaucoup de choses. Même si je suis grande, à cinq ans et demi, ben je suis pas encore adulte alors je sais pas tout. Un jour mon papa il m'a dit qu'il savait pas tout et que personne savait tout. Moi quand je serais grande je saurais tout, lire, compter, écrire, répondre aux questions que mes enfants me poseront, je saurais tout. Mais pour le moment j'ai cinq ans et demi et je pleure dans les bras de ma mère.

***


Juin 2008.

Je m'appelle Lou, j'ai quatorze ans. Je ne suis pas malheureuse, mais j'ai des problèmes avec celles qui se disent mes amies. Vivement la fin de l'année, que je ne les vois plus. Deux mois de break, ça va nous faire du bien. Enfin, j'espère. Mais de toute façon, c'est toujours comme ça. Si on s'engueule avant les vacances, quand on se revoit après on est les meilleures amies du monde. Elles sont immatures, elles m'énervent. Mais d'un autre côté, je sais que je dis ça parce que je suis énervée. Je les aime bien, sinon je ne me dirais pas leur copine. Oui, je me dis leur copine, pas leur amie. Y'a une différence, et je la connais. Elles, pas. Mais bon, j'en peux plus, de cette ambiance de merde. Vivement le lycée. On sera séparées, ça sera mieux. Heureusement que j'ai ma meilleure amie, sinon je ne tiendrais pas le coup. Elle n'est pas dans mon collège, mais on se parle sur msn et des fois par téléphone. Ça nous suffit, étant donné qu'on est meilleures amies depuis la maternelle, on n'a pas besoin de plus pour savoir qu'on est meilleures amies.

***


Septembre 2008.

Je m'appelle Lou. J'ai quatorze ans. J'ai de moins en moins la joie de vivre en moi. Ma meilleure amie dont je vous parlais avant. Elle m'a dit qu'elle voulait qu'on arrête de se voir. Pour elle, on n'avait plus de relation de meilleures amies. Elle a raison, c'est vrai. J'ai été triste, même si dans le fond je le savais. Elle m'a ouvert les yeux. Je crois que j'aurais préféré les garder fermés plus longtemps. Mais je n'aime pas vivre dans le mensonge. Normal, après ce que j'ai vécu. Qu'est-ce que j'ai vécu ? C'est simple. Mes parents se sont séparés en août 2006. Et j'ai appris que ça faisait des années qu'ils ne s'aimaient plus. Evidemment, ce ne sont pas eux qui me l'ont avoué. Ils ne savent même pas que je le sais. C'est ma cousine qui me l'a dit. Et ensuite, pour l'enterrement de mon grand-père, au lieu de nous dire « On va à l'enterrement de Papidou mais vous êtes trop jeunes pour y aller donc mamie Eliette va vous garder », ils nous ont dit « On va à un concert de papa, on reviendra dans deux jours, mamie Eliette va s'occuper de vous ». Vous voyez le genre. Ça peut paraître minime, mais pour moi, c'est hyper important. La mort de mon grand-père et la séparation de mes parents sont deux éléments de ma vie que je ne veux pas oublier, qui ont eu de l'importance pour moi. D'ailleurs, quand on parle de mon grand-père, je pense de plus en plus à lui. Parce que je me dispute avec mes « amies » et que ma « meilleure amie » m'a lâchée. Je voudrais aller le voir, mais comme mes parents se détestent, je ne vais pas y aller avec ma mère. Et j'ai peur de revoir mon père pleurer, c'est pour ça que je ne lui en parle pas. Quoi ? Je ne vous ai pas dit ? Quelques heures après avoir appris la mort de mon grand-père, je jouais de nouveau dans le jardin avec mon frère. Je me dégoûte, quand j'y repense. Bref. Et quand je suis retournée dans le salon pour prendre un manteau, j'ai vu mon père, pleurant sur le canapé. Je suis tout de suite ressortie. Mais comme ce souvenir reste assez vague, je ne sais même plus si c'est un souvenir ou un rêve, en fait. Mais je crois plutôt que c'est un souvenir, je me souviens rarement de mes rêves. Oh oh. Je vais devoir vous laisser. Les filles (mes « amies ») se ramènent. Encore une dispute, je la vois arriver grosse comme une maison.

***


Gagné. Encore une dispute. Mais bon, j'ai l'habitude. Qu'est-ce que je disais ? Je ne sais déjà plus... il faut vraiment que cette année se termine le plus vite possible. Vivement le lycée.

***


20 avril 2009.

Je m'appelle Lou. Je crois que vous commencez à connaître la chanson ? Quand on croit on se fait curé, Lou. J'ai quinze ans. Hier, je suis allée au cimetière avec ma cousine. J'ai vu mon grand-père pour la première fois depuis qu'il est mort. Enfin, « vu »... vous m'avez comprise. Ne vous attendez pas à ce que je vous raconte, c'est beaucoup trop cher à mon c½ur pour que je le partage avec quelqu'un d'autre que ma cousine. Et encore, je ne le partage avec elle que parce qu'elle m'a emmené. D'ailleurs, elle m'a aussi donné sa date de mort. Le 17 septembre 1999. Je connaissais l'année, mais le reste, non. Je suis contente que ça ne soit pas passé, cet anniversaire. Comme cette année ça fera dix ans, j'ai envie de faire un truc grand. Même si je le fais toute seule. Mais bref, je change de couplet, là, ça ne va plus du tout. Excusez-moi. Je recommence.
Je m'appelle Lou. J'ai quinze ans. Je ne suis pas heureuse, mais je ne suis pas malheureuse, ça non. Mes problèmes avec les filles se sont arrangés. On ne se dispute plus, elles ont gagné en maturité. J'ai quand même hâte d'être au lycée, parce que même si je les aime beaucoup, j'ai besoin de changer d'air. Mais en même temps, je ne veux pas y aller. Je me suis fait un ami garçon. Putain, ça fait du bien. Lui, il m'a changé d'air, au moins. J'ai pas envie de le quitter l'année prochaine, j'ai trop peur de le perdre. Je voudrais qu'on reste au collège encore un an de plus, mais c'est impossible. J'espère qu'on sera dans le même lycée l'année prochaine. On verra bien si les dérogations sont acceptées ou pas. Je l'espère.

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Juin 2009.

Je m'appelle Lou. J'ai quinze ans. Je suis presque heureuse. J'ai des copines qui ne m'emmerdent plus et avec lesquelles je ne me dispute plus, j'ai une meilleure amie et j'ai un frère que j'adore. Ma famille est plus ou moins soudée, c'est ça le seul problème, avec évidemment la mort de mon grand-père. Mais maintenant que je l'ai vu, je suis sûre d'avoir fait le deuil. Bref, ma vie est banale, me direz-vous. Alors pourquoi serais-je carrément heureuse sans les deux détails présentés plus haut ? Tout simplement parce qu'Il est là. Grâce à Lui, j'ai appris à aimer la vie malgré ce qui m'arrivait, j'ai appris à ne pas m'occuper de ce qui me rendrait malheureuse, et depuis je vais mieux. Grâce à Lui. Nos liens se sont vraiment énormément resserrés. C'est mon meilleur ami. Il m'a redonné la joie de vivre. Je suis redevenue une gamine innocente. Innocente et fière d'être ce qu'elle est.

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17 septembre 2009.

Je m'appellerai Lou. J'aurais quinze ans et demi. Je serais heureuse.
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# Posté le dimanche 21 juin 2009 11:53

Modifié le samedi 08 août 2009 03:50